La téléconsultation et les outils numériques du cabinet sont souvent présentés comme une simplification. Dans les faits, pour beaucoup de médecins libéraux, ils sont devenus un poste de dépense et de gestion à part entière — avec son lot d’abonnements, de mises à jour, et de choix techniques à faire sans toujours avoir le temps de comparer.
Une pratique installée, mais qui reste marginale
Contrairement à l’image d’une téléconsultation généralisée depuis la crise sanitaire, les chiffres montrent une pratique qui s’est stabilisée à un niveau modeste. Les médecins généralistes libéraux ont réalisé 5,4 millions de téléconsultations en 2023, contre 9,4 millions en 2021 — une baisse continue depuis le pic de la crise sanitaire. Elle ne représente aujourd’hui que 2,2 à 2,3% de l’activité totale des généralistes.
Certaines spécialités s’en emparent davantage : la téléconsultation représente 7% de l’activité des psychiatres, 6% de celle des endocrinologues, et 3% de celle des gynécologues. La pratique reste par ailleurs très concentrée géographiquement — plus de la moitié des téléconsultations françaises ont lieu en Île-de-France, une région qui ne représente pourtant que 18% des consultations médicales totales.
La vraie charge : le coût et la multiplication des outils
Une enquête de l’URPS médecins Île-de-France, menée auprès de plus de 300 praticiens libéraux, chiffre précisément ce que représente la digitalisation d’un cabinet : 91% des médecins sont abonnés à un logiciel de gestion (151,77€/mois en moyenne), 86% utilisent un agenda en ligne (153,13€/mois — la dépense la plus lourde du lot), et 57% ont recours à une solution de téléconsultation (85,78€/mois).
À ces abonnements s’ajoutent l’accès internet (65€/mois), la maintenance (77,79€/mois pour 41% des cabinets), les lecteurs de télépaiement (34,13€/mois) et de carte Vitale (29,83€/mois). Résultat : 87% des médecins interrogés déclarent avoir observé une hausse significative de leurs dépenses numériques, dont plus de la moitié une augmentation supérieure à 15% depuis 2019.
Les 5 briques à connaître
Selon les guides professionnels, la digitalisation d’un cabinet repose sur cinq éléments principaux :
- Le logiciel de gestion (LGC) — idéalement référencé au catalogue Ségur pour ouvrir droit aux aides publiques
- L’agenda en ligne — le poste de dépense le plus lourd, mais aussi le plus utilisé (86% des cabinets)
- La solution de téléconsultation — à choisir entre société agréée (facturation directe à l’Assurance Maladie) ou module intégré à l’agenda
- Le Dossier Médical Partagé (DMP) — l’interopérabilité avec les autres outils est un critère de choix déterminant
- La messagerie sécurisée (MSSanté) — pour les échanges avec les confrères, une obligation croissante
Ce que ça change concrètement
La dotation numérique (DONUM), qui remplace le forfait structure à partir de 2026, peut couvrir une partie de ces coûts — mais son montant maximal (2 940€/an) reste inférieur à l’ancien forfait structure (jusqu’à 7 805€ en 2025), et son calcul dépend d’indicateurs à remplir, pas d’une simple compensation automatique.
Choisir les bons outils, vérifier leur interopérabilité, suivre les échéances des aides publiques, renégocier ou changer de prestataire si besoin : aucune de ces tâches ne demande une expertise médicale, mais toutes demandent du temps et une veille technique que peu de cabinets ont les moyens d’assurer seuls.
Sources : DREES/Insee (Études et Résultats n°1366, février 2026) ; URPS médecins Île-de-France ; Assises de la télémédecine 2025-2026 ; Cour des Comptes, rapport 2025 sur la téléconsultation.